Catégorie : Interview

[Histoire] Jean-Marc GRAVILLON-DAMON présente son essai « Le code noir Le vice entre les lignes ! »

Interrogé par téléphone le samedi 31 octobre 2020, Jean-Marc GRAVILLON-DAMON, essayiste dans la mouvance de la négritude, nous a parlé de son ouvrage de 94 pages qui s’intitule « Le code noir Le vice entre les lignes ! » (auto-édition par l’auteur, décembre 2019). K@ribbean Newsweek vous propose un magazine audio de son interview avec onze questions-réponses.

De quoi parle votre essai ?

Pourquoi ce thème ?

Pourquoi ce titre ?

Vous dites que « les origines de la mise en esclavage des Noirs à plusieurs causes » (p. 11). Vous expliquez que « la variété caucasienne aurait eu peur, à une certaine époque, d’être mise en captivité pour être « consommé » par la variété Africaine, qui parmi ses tribus de l’Afrique équatoriale, pratiquaient le cannibalisme religieux », […] que « les parties humaines consommées étaient symboliques » (p. 11). Vous parlez du cannibalisme et de rites religieux de certaines tribus africaines ailleurs dans l’ouvrage ( p. 19, p. 31, p. 33, p. 47, p. 49),  pouvez-vous citer vos sources ?

Jean-Marc GRAVILLON-DAMON a indiqué sa source: GASC, Marine (18 juin 2015). Le cannibalisme dans l’Afrique du XIXème siècle [en ligne]. Raconte-moi l’Histoire [consulté le 19 décembre 2020], disponible à l’adresse: https://bit.ly/2L6Bhew.

Vous dites que « l’Egypte pharaonique utilisait des esclaves. C’est un fait évoqué mais pas contrôlé » (p. 71), alors que les découvertes archéologiques montrent le contraire; et qu’ « il semblerait que les pyramides aient fait appel aux esclaves » (p. 72); que « l’Egypte a connu l’esclavage et en a fait bon usage » (p. 75); que « les esclaves avaient les mêmes droits que les autres égyptiens » (p. 76); que « le trafic d’esclaves d’une partie de la population, tel que l’explique la bible qui se rapporte à l’histoire de Moïse et des hébreux retenus prisonniers en Egypte, n’a pas été vérifié par les spécialistes » (p. 76). Vous mettez en avant l’Ancien testament qui n’est pas une source scientifique, avez-vous creusé d’autres sources ?

Jean-Marc GRAVILLON-DAMON a parlé de sa source: Esclavage dans l’Egypte antique [en ligne]. Vikidia [consulté le 19 décembre 2020], disponible à l’adresse: http://bit.ly/2WXs3Eh

Lors de notre discussion, nous lui avons expliqué qu’il existe deux thèses pour la construction des pyramides et autres monuments sacrés en Egypte antique: celle qui relate que les Egyptiens noirs étaient des travailleurs hautement qualifiés, l’autre qui indique que les Egyptiens noirs étaient des esclavagistes.

Nous avons fait référence à cet extrait issu du texte Les Noirs ont-ils mis les Hébreux en esclavage comme le prétend la Bible ? [en ligne]. Institut Africamaat [consulté le 19 décembre 2020], disponible à l’adresse: http://bit.ly/3pwlAwc, qui soutient la première thèse:

« A propos des corvées, nous ne devons pas oublier que les Hébreux étaient des pasteurs nomades ( éleveurs de chèvres… ) et les Egyptiens, des civilisateurs sédentaires ( bâtisseurs de monuments ). Il est donc évident que pour des nomades, construire des temples ( à savoir tailler des pierres, porter des charges lourdes, tirer des câbles, etc… ) était en totale inadéquation avec leurs habitudes de vie, d’où l’aspect pénible et contraignant de ce travail, qui faisait cependant partie des habitudes de vie des Egyptiens.

L’Egypte n’a pas utilisé d’esclaves pour bâtir ses monuments sacrés. Il était d’ailleurs interdit d’exercer la moindre pression sur les ouvriers et des textes de loi les garantissaient contre d’éventuels abus de pouvoir.

Comme le souligne l’égyptologue Robert-Jacques Thibaud :

« Contrairement aux idées reçues et répandues depuis des siècles (…) l’Egypte pharaonique n’a pas utilisé d’esclaves pour la construction de ses temples ou des monuments destinés à ses rois ».

( Cf. Robert-Jacques Thibaud, Dictionnaire de mythologie et symbolique égyptienne )

Là-dessus, les archéologues Zahi Hawass et Mark Lehner, confirment encore que : « Contrairement aux idées reçues, encore relayées par certains guides récents, les pyramides n’ont pas été construites par des esclaves ou des étrangers ».

( Cf. Cf. Revue National Géographic, novembre 2001, n° 26 )

En fait, les pharaons africains avaient formé depuis toujours, une élite d’architectes, de géomètres, d’astronomes et d’ingénieurs en mécanique, hautement qualifiée pour penser et réaliser tous les ouvrages architecturaux ( temples, pyramides, sculptures, … ) « .

Après notre propos, écoutons sa réaction.

Finalement, nous lui avons proposé quatre sources pour nourrir sa réflexion:

  • DIOP, Cheikh Anta. Nations nègres et culture [consulté le 19 décembre 2020], disponible à l’adresse: http://bit.ly/3n0hLOj
  • Les Noirs ont-ils mis les Hébreux en esclavage comme le prétend la Bible ? [en ligne]. Institut AfricaMaat [consulté le 19 décembre 2020], consulté à l’adresse: http://bit.ly/3pwlAwc
  • GOBINEAU, Joseph-Arthur (Comte de). Essai sur l’inégalité des races humaines (1853-1855) [consulté le 19 décembre 2020], disponible à l’adresse: http://bit.ly/38Lg9CT
  • FIRMIN, Anténor. De l’égalité des races humaines (anthropologie positive) (1885) [consulté le 19 décembre 2020], disponible à l’adresse: http://bit.ly/3obYAlK

Vous dites que « pour fournir toujours plus de « candidats à l’exil » à nos frères Wasp ou Békés, la Variété Africaine sillonnait le pays, allant de village en village, convaincre leurs compatriotes (en expliquant leur démarche) de partir afin de retrouver ceux qui étaient déjà partis ou pour certains villages, leur promettant de sortir de leur misère… » (p. 6); « on ne peut affirmer que tous les Africains ont participé aux razzias dans les villages de leurs compatriotes pour les amener aux navires négriers ! » (p. 7) [….] « ils ont contribué au départ de nombreux de leurs frères et sœurs dont ils n’avaient plus de nouvelles, tout en imaginant naïvement qu’ils avaient un meilleur sort » (p. 7); « la variété Africaine raciste (aliénée) qui s’était ralliée à la variété caucasienne a servi en traîtres en amenant leurs frères à nos frères Wasp ou Béké ou variété caucasienne et ainsi vider l’Afrique » (p. 17); « ces mêmes gens qui prétendent que c’est la variété Africaine qui a vendu ses propres frères à la variété caucasienne! Allons donc! «  (p. 20); « à l’époque des razzias, certains traîtres Africains ayant reçu des conseils pour exploiter le marché au maximum ont sciemment amené leurs frères jusqu’aux négriers caucasiens, les forçant à être vendus » (p. 21-22); « les fournisseurs d’esclave étaient, soit des spécialistes venus faire fortune, des Wasps et des Békés qui organisaient des razzias en bordure de la forêt, soit des chefs de guerre africains qui approvisionnaient les trafiquants Wasps et Beké » (p. 37); « pour ne pas contrarier le Caucasien, il ne faut pas chercher à désapprouver ce qui a déjà été affirmé sur l’esclavage : que ce sont les Noirs qui sont responsables de la vente de leurs frères aux Caucasiens qui, comme s’ils passaient par là par hasard, se sont vus proposer des esclaves par les Africains!  » (p. 60); « il est aussi un autre fait avéré : les Africains se sont toujours farouchement opposés à l’esclavage. Ils se sont toujours battus pour leur liberté, pendant et après les razzias, en Afrique et hors d’Afrique » (p. 83). Toutes ces informations sont assez confuses dans votre ouvrage, qu’est-ce que vous voulez dire et quelles sont vos sources ?

Jean-Marc GRAVILLON-DAMON a cité une source écrite: TINCQ, Henri (Dir.). Le Larousse des religions [consulté le 19 décembre 2020], disponible à l’adresse: http://bit.ly/37V5fv3.

Jean-Marc GRAVILLON-DAMON a pris une année et demi pour rédiger son essai. Il a commencé en fin 2017 et il a terminé en 2019.

Quelle est la date de sortie dans les librairies ? Où est-il disponible ? Combien coûte-t-il ?

Quel est le titre de vos précédents ouvrages ?

Son précédent essai s’intitule La racine de chaque type humain (Noirs, Blancs, Arabes, Asiatiques, Indiens) (2018). Edilivre (second éditeur) [consulté le 19 décembre 2020], disponible à l’adresse: http://bit.ly/3pzXkt0

Citons les autres ouvrages de Jean-Marc GRAVILLON-DAMON:

Le Cri. Edilivre, 2013 [consulté le 30 décembre 2020], disponible à l’adresse: http://bit.ly/2KEwyRH

L’Esprit libre, le cœur léger « Mon île, ma Guadeloupe » (essai sociopolitique) suivi de « Portrait d’une mère » (récit autobiographique). Edilivre, 2017 [consulté le 30 décembre 2020], disponible à l’adresse: http://bit.ly/3pBcdv9

Quels sont vos projets ?

Un mot pour vos lecteurs ?

St@y connected!

Salaura DIDON

[Littérature] Moïse SORÈZE a publié son premier ouvrage « BLAG É TIPAWÒL Adan lang Kréyòl GWADLOUP »

Moïse SORÈZE, cadre retraité de l’Education nationale, est l’auteur de BLAG É TIPAWÒL Adan lang Kréyòl GWADLOUP (octobre 2020, Éditions Nèg Mawon). Cet ancien professeur de français, d’histoire et de géographie au collège a enseigné le créole au collège de Capesterre-Belle-Eau entre 1979 et 1984. Dans une interview consacrée à K@ribbean Newsweek ce mardi 6 octobre 2020, il aborde son œuvre et ses activités littéraires.

De quoi parle votre ouvrage ?

Il s’agit d’un recueil de blagues en langue créole de Guadeloupe. Chaque blague est suivie de proverbes ou adages plus ou moins rares.

Certaines blagues relatent des scènes authentiques que j’ai vécues dans le Pointe-à-Pitre des années 60. Les personnages ont réellement existé. J’ai changé certains noms. Les autres sont des blagues entendues, ici ou là, d’autres sont des traductions de blagues qui circulent sur Internet en français.

Pourquoi ce thème ?

Plusieurs raisons m’ont poussé à écrire cet ouvrage. D’abord, la douce pression de camarades à qui je les racontais. Ils m’ont demandé d’écrire ces blagues qui font partie de notre patrimoine. Les gens de ma génération ont tous connu Listwa bab.

Ensuite, j’ai voulu montrer, une fois de plus, qu’on pouvait tout écrire en créole. Une rapide enquête m’a permis de constater qu’il n’existait pas de recueil de blagues écrites en créole. Sauf erreur de ma part, bien sûr. Enfin, c’était l’occasion de contribuer une nouvelle fois à la diffusion d’écrits en créole.

Quelle est l’importance de rédiger en créole ?

Rédiger en créole est important à mes yeux. Le créole est ma langue maternelle. J’aime écrire en créole. C’est la langue de la dérision, si belle et si authentique.

Je me suis livré à un exercice, clin d’œil aux enseignants : j’ai utilisé souvent un lexique peu courant, j’ai fait figurer dans un même texte un mot et son synonyme.

C’est une anecdote qui a son intérêt : quand je lis une blague rédigée en français, la traduction est simultanée, je la comprends en créole.

Combien de temps avez-vous pris pour écrire votre œuvre ?

C’est difficile à chiffrer. Dès que mes amis m’ont gentiment mis la pression, j’ai commencé à écrire plus régulièrement et surtout à constituer un ensemble acceptable. Jusque-là, j’écrivais des textes que j’envoyais à mes relations. Histoire de rire un coup.

S’il faut donner une réponse, je dirai trois ans entre le moment où ils ont passé commande et ma rencontre avec l’éditeur.

Quelle est la date de sortie dans les librairies ? Où est-il disponible ? Combien coûte-t-il ?

Le livre est en librairie depuis le début du mois d’octobre 2020. Selon l’éditeur, il est disponible dans les librairies, les boutiques de presse, la FNAC.

Il coûte 12 euros.

Quelles sont vos autres ouvrages en langue créole ?

Il s’agit de mon premier ouvrage en solo. J’ai participé à l’écriture d’autres ouvrages dans lesquels figurent ou pas des textes assortis de ma signature.

C’est le cas de:

  • BERNINI-MONTBRAND Danièle, POULLET Hector, SORÈZE Moïse et TELCHID Sylviane. (1980). Grammaire comparée créole-français, Imprimerie offset de la Mairie de Basse-Terre.
  • RUTIL Alain (dir.) (2017). Guy TIROLIEN, De « Credo » en CredoS, Éditions Jasor.
Source: Site Internet de l’Editions Jasor

Quelles sont les activités de votre groupe de travail sur la langue créole ?

Je travaille au sein d’un groupe qui a entrepris de produire un dictionnaire en créole guadeloupéen.

Un mot pour vos lecteurs?

Ri ri a zòt, pa janmé arété ri. Kon di chantè-la : « fò-w ri-yo avan yo ri-w ».

St@y connected!

Salaura DIDON