Interview

[Littérature] Joëlle ANTOINE a publié son premier roman « La Pensée transpercée »

Joëlle ANTOINE, professeure des écoles retraitée, est l’auteure de « La Pensée transpercée » (décembre 2021, Editions Jets d’encre). Elle a exercé en Guadeloupe, à la Réunion et à Mayotte. Dans une interview consacrée à K@ribbean Newsweek samedi 6 novembre 2021, elle aborde son œuvre et ses goûts littéraires. Aussi, nous avons voulu en savoir davantage sur sa vie et ses voyages.

Qui êtes-vous ?

Je suis guadeloupéenne, née dans la commune de Petit-Bourg d’un père abymien et d’une mère sainte-lucienne. J’ai grandi dans les hauteurs de la Lézarde, à la campagne au sein d’une fratrie de cinq sœurs et de deux frères. J’ai trois enfants, deux garçons et une fille : Lenny, Ilitch et Jade. Je suis grand-mère de quatre petits-enfants. En termes de parcours professionnel, après un baccalauréat littéraire, j’ai passé le concours d’entrée à l’école normale où j’ai intégré une formation de deux ans pour devenir enseignante dans le premier degré. La certification de maitre–formateur que j’ai obtenue, m’a permis de partir en 2002 à Mayotte, en détachement, où j’ai assumé les fonctions de conseillère pédagogique.

Après Mayotte, j’ai exercé à la Réunion de 2006 à 2011 sur un poste de direction d’école en demi–décharge. J’avais une classe de CM2, l’autre moitié du temps. Je suis retournée à Mayotte en 2011 sur un poste de conseillère pédagogique pour finir sur une direction d’école d’application. J’ai participé à la formation des futurs enseignants, initié plein de projets aussi en tant qu’enseignante, directrice d’école ou formatrice sur la lecture et l’écriture, mes deux passions. Retraitée depuis 2018, je suis revenue en Guadeloupe, je me suis installée sur les lieux de mon enfance, où je fais des travaux de rénovation, de jardinage, où je vis en symbiose avec la nature, en pratiquant du yoga, de la méditation.  Je reçois aussi des amis, ce qui est un peu compliqué ces temps-ci, autour d’un bon repas, pour danser, pour rire.

De quoi parle votre ouvrage ?

Sur fond de culture créole, c’est l’histoire d’une mystérieuse guadeloupéenne, qui a de multiples atouts comme la beauté, l’intelligence et le courage. Et face aux difficultés qu’elle a vécues dans sa vie sur Terre, elle fait le choix de partir s’exiler dans une lointaine galaxie. Tout se passe bien jusqu’au jour où tout bascule, par sa rencontre avec Naail et un tyran nommé Xuam. Elle va se retrouver impliquée dans une espèce de lutte de pouvoir sans vraiment le vouloir.

Ce qui transpire quelque part dans cet ouvrage, c’est une quête de soi dans une dimension positive, la recherche de la sérénité, l’esprit d’aventure, et beaucoup de communication avec les autres. Ce sont des thèmes qui sont reliés et qui y sont sous-jacents.

Source: Site des éditions Jets d’encre

Vous parlez de la quête de soi, la recherche de la sérénité, l’esprit d’aventure, la communication avec les autres, pourquoi ces différents thèmes ?

Je dirai que ce sont des thèmes du fonctionnement de la vie, et puis c’est toujours lié à ses histoires personnelles ou à son entourage. En tout cas, c’est ce qui m’a inspiré, quand j’ai écrit ce manuscrit. Parce que dans la vie, tout être humain est en quête de quelque chose. Il y en a qui cherche le bonheur. On tend vers le bonheur mais on n’y accède jamais. On cherche à se réaliser dans une profession. On cherche à se réaliser dans sa vie privée avec un conjoint, avec ses enfants. Donc il y a toujours une recherche. On est toujours en quête et c’est ce qui est bien car il y a une dynamique. On n’est pas dans une position statique, on est dans l’évolution.  Parce qu’on nait, on vit, on meurt.  Des fois, cette recherche de soi peut être difficile face aux problèmes rencontrés, à la maladie, aux conflits, aux tensions, et aux échecs dans la dimension professionnelle et/ou dans la dimension affective. Donc, ce thème-là était pour moi important, tout en s’appuyant sur mon vécu personnel, et aussi par rapport à ce que cela peut apporter aux autres. Cette expérience de la vie de l’héroïne est développée dans la Pensée transpercée.

Vous avez parlé de galaxie, dans votre résumé, donc c’est une galaxie imaginaire, pourquoi le terme galaxie, pourquoi faire vivre votre héroïne ailleurs que sur la planète Terre, dans un autre monde ?

C’est intéressant parce que quand on est confronté à des difficultés dans son environnement, quand on cherche, on voit qu’il n’y a rien de possible. Donc on met de la distance entre les conflits et soi, pour pouvoir quelque part effacer, écarter tous les dangers possibles. Je dirai que c’est une forme d’allégorie. C’est une distance virtuelle, fictive mise entre soi et les sources de conflits, pour pouvoir se retrouver, se reconstruire, se régénérer. 

Combien de temps avez-vous pris pour écrire votre roman ?

Je vais commencer par citer Camara Laye qui a écrit L’enfant noir. Il a dit qu’il avait mis sept ans pour écrire son roman, et que c’était vraiment difficile à sortir. Moi, j’ai écrit les premières lignes en 2003 quand j’étais à Mayotte après une rencontre quand on a échangé sur nos différents lieux de vie, d’autres rencontres, etc. Cette personne me disait : « Mais tu devrais écrire ! ».  Donc j’ai pris un cahier, et sur mon lit, je griffonnais quelques lignes comme cela mais sans vraiment avoir la prétention de publier un livre un jour.  De temps en temps, j’y revenais. En 2004, j’ai acheté un ordinateur et j’ai tapé les premières lignes. Je suis venue en vacances en Guadeloupe, j’étais chez mon fils aîné. J’avais un ordinateur qui est tombé en panne après mon séjour. J’avais perdu tout ce que j’avais sur l’ordinateur.  Lorsque je suis retournée en Guadeloupe, mon fils me dit « Maman ! Tiens j’ai trouvé cela, tu sais, je copie tout, Je l’avais dans mes documents ». Et je vois que c’est mon histoire ! C’était super ! Je l’ai continuée de temps en temps tout en étant en activité, en ayant ma vie avec ma fille. Je n’étais pas très disponible ni psychologiquement, ni physiquement pour pouvoir écrire régulièrement.

À mon retour en Guadeloupe, en 2018, mon deuxième fils m’offre une formation avec une auteure et psychologue pour l’écriture de manuscrit. Il a aussi participé à cette formation qui s’est déroulée en visioconférence. Donc je ressors mon texte. Tout était écrit de manière continue, sans chapitre. C’était au fil de mes ressentis. L’antagoniste devenait le gentil. « L’antagoniste ne peut pas être, et ne devient jamais gentil », me dit la formatrice. J’ai dû retravailler, approfondir mon histoire.  Ce qui a été vraiment très déterminant, c’est ma rencontre avec monsieur Moïse Sorèze. Comme il écrit, j’ai notamment lu son livre de blagues. Je lui ai dit « Tu sais, j’écris… Est-ce que tu voudrais bien regarder ? » Il m’a répondu « Oui, sans problème ! ». J’avais peur de sa réaction… Je reçois un message de lui disant : « C’est inédit ! Tu as une belle plume, le niveau est recherché, tu devrais vraiment publier ». Donc voilà, il m’a accompagné tant sur le fond que sur la forme. Il m’a donné des conseils par rapport aux différentes situations à développer, par rapport à la syntaxe, la correction, etc. Il m’a donné vraiment un temps sans compter. Je le remercie vivement.

Après j’ai envoyé mon manuscrit dans des maisons d’éditions. Il y en a qui m’ont répondu. S’agissant de la première, j’ai été touchée par la dimension personnelle mise dans le message. C’était la maison d’édition Jets d’encre qui trouvait aussi l’histoire très intéressante, une intrigue prenante avec des personnages charismatiques, etc. Mais j’ai quand même mis du temps à me décider parce que c’est une édition à forme participative. Il faut payer pour pouvoir faire éditer un livre. Mais quand je regarde, c’est très peu par rapport à tout le travail qui est fourni avec notamment les correcteurs. J’ai hésité, et c’est ma fille qui me dit « Mais maman qu’est-ce que tu fais pour ton livre ? ». Je n’avais pas envie de dépenser 2000 euros pour publier. Elle me rétorque « Ce n’est pas pour l’argent que tu le fais maman. Tu as fait un projet, finalement c’est ton rêve quelque part. Donc il faut y aller ». J’ai ainsi franchi le pas, j’ai écrit à Jets d’encre, j’ai fait le contrat. J’y ai mis 18 ans au final. Comme quoi tout peut arriver et tout arrive à son heure.

Quelle est la date de sortie dans les librairies ? Où est-il disponible ? Combien coûte-t-il ?

La date de sortie est le mercredi 1er décembre 2021. Mais c’est déjà en pré-commande via le site des éditions Jets d’encre. Selon les informations fournies par rapport à la livraison, cela commencera à partir du jeudi 25 novembre 2021. J’ai plein d’amis et ma famille qui ont déjà commandé. Le livre coûte 16,50 €, en y ajoutant les frais d’envoi, cela fait 24 € pour un envoi en Guadeloupe. Ce sera dans toutes les librairies en ligne comme Amazon, Fnac, Decitre, Chapitre, Cultura.

Donc pour l’instant, ce sera une commande en ligne, même si la sortie est prévue le mercredi 1er décembre 2021 en version papier dans les librairies. Mais en pré-commande, les personnes peuvent se procurer l’ouvrage sur les sites que vous m’avez déjà citées ?

Oui !

Le lien pour commander directement aux éditions « Jets d’encre » est disponible ici https://bit.ly/3cvBB11

Si vous en avez écrit, quels sont vos autres ouvrages ?

Non. C’est mon premier. J’ai commencé quelque chose d’autre, mais je n’en dis pas plus. Je ne sais pas où cela m’amènera.

C’est votre premier ouvrage, comment vous sentez-vous à l’idée que votre livre est publié ?

C’est vrai que je suis très fière de ce que j’ai pu réaliser, mettre en avant ma culture guadeloupéenne, mon pays, mes amis, ma famille qui m’est chère, et tous les lieux que je décris dans ce livre. C’est aussi une fierté de partager avec d’autres lecteurs. Je suis lectrice et je vais partager mes écrits avec d’autres lecteurs ! Et en troisième lieu, j’accède à un autre monde ! Le cercle privilégié des écrivains ! J’ai des frissons rien que d’en parler. On me l’aurait dit l’année dernière, j’aurai dit : « Non mais, c’est n’importe quoi ! ». Alors, c’est avec beaucoup d’humilité mais beaucoup de fierté que je savoure mon entrée dans le monde des écrivains.

Là maintenant on met des mesures sanitaires partout, j’espère qu’un jour quand la situation va se calmer, que vous pourrez par exemple faire des séances de dédicaces à la Librairie générale.

Normalement, c’est prévu avec la maison d’édition. Mais c’est vrai qu’avec le contexte sanitaire on ne sait pas où on en est. Donc on verra bien. On croise les doigts.

La promotion est-elle prévue en Guadeloupe ?

Oui, la promotion va se faire beaucoup avec les librairies de la Guadeloupe, peut-être aussi en France hexagonale, m’a-t-on dit. C’est selon les retombées que le livre aura. La maison d’édition va aussi envoyer des extraits à différents magazines et on verra bien.

Où se trouve « Jets d’encre », en France hexagonale ou en Guadeloupe ?

C’est à Saint-Maur-des Fossés, en France hexagonale.

Vous êtes une passionnée de lecture et d’écriture, quel est votre livre préféré (ou quels sont vos livres préférés) dans votre bibliothèque à Petit-Bourg en Guadeloupe ?

Justement quand je suis revenue, j’ai fait des travaux de rénovation, et cela a été un point déterminant, important pour moi de concevoir une bibliothèque parce que j’avais rapporté des cartons de tous les livres que j’ai lus à Mayotte et à la Réunion. J’ai donc fait construire, sur un mur, ma bibliothèque où sont rangés les livres. J’ai beaucoup de livres préférés, mais je vais néanmoins citer :

  • Chair Piment de Gisèle Pineau
  • Le Tango de la haine d’Ernest Pépin
  • L’Enfant noir de Camara Laye, c’est mon petit livre que je traîne partout (grand rire)
  • Les âmes grises de Philippe Claudel. J’avais beaucoup aimé l’organisation du récit, en plus de l’histoire, et je m’en suis inspirée pour pouvoir écrire la Pensée transpercée.
  • La Trilogie des fourmis de Bernard Werber
  • La Fille du train de Paula Hawkins
  • L’Alchimiste de Paulo Coelho
  • Blag é Tipawòl de Moïse Sorèze parce que c’est le livre de chevet ! Je lis ses blagues quand j’ai besoin de vraiment lâcher prise et de rire un bon coup.
  • La délicatesse de David Foenkinos
  • Devenir de Michelle Obama

Je suis en train de lire Là où les chiens aboient par la queue, le premier roman d’Estelle-Sara Bulle.

Concernant votre vécu à Mayotte et à la Réunion, comment cela s’est passé ? Que pouvez-vous nous dire sur votre expérience là-bas, les similitudes ou les différences par rapport à la Guadeloupe ?

Quand je suis partie à Mayotte en 2002, les gens m’ont dit que ce n’était pas possible, que c’était le bout du monde, qu’il n’y avait rien là-bas. Que j’allais vivre dans la brousse. En tout cas, je dis que Mayotte m’a construite quelque part, m’a façonnée, et m’a achevée. J’étais partie avec ma fille âgée de 9 ans. Cela lui a donné un point de départ dans la vie. Elle a un esprit d’aventure. Elle n’a peur de rien. Elle est partie à Pékin finir son Master. Elle a un travail aujourd’hui où elle voyage partout. Vraiment au niveau familial, cela a été une expérience très enrichissante. J’ai rencontré des gens. Quand on arrive là-bas, on est en détachement. Il y a beaucoup de gens qui viennent d’ailleurs, des Martiniquais, des Guyanais, des Réunionnais, des Métropolitains. Et c’est très enrichissant. Au niveau du travail, c’est hyper intéressant aussi. Parce qu’il faut savoir que Mayotte, avant d’être un département français (2011), était un protectorat français comme les autres îles de l’archipel puis une collectivité départementale. La langue française est enseignée à l’école. Mais la langue du vécu et du quotidien est le Shimaoré d’origine africaine, qui est une langue bantoue et apparentée au swahili. Donc il y a beaucoup de difficultés notamment à l’école. La population est musulmane à 99%. Les enfants vont à l’école coranique où l’écriture est de la droite vers la gauche. Ils y vont le matin, de 6h à 7h, ensuite à l’école française. C’est une perturbation psychique et psychologique. Beaucoup de contractuels recrutés rencontrent des difficultés n’ayant pas eu de formation avant leur prise de poste. Ils n’ont pas ce regard sur le sens de l’écriture, qui est déterminant pour la lecture et l’écriture.

Souvent c’était ce que je vérifiais d’emblée. J’arrivais à faire entrer des enfants très vite dans la lecture, car ayant compris le processus, tout de suite, ils assemblaient les consonnes et les voyelles, pour faire les syllabes, etc., pour pouvoir lire les mots. Il y avait beaucoup de moyens mis en œuvre pour l’école lors de mon premier séjour (2002-2006), notamment par le centre documentaire de prêt (CDP), qui subventionnait des projets menés avec les élèves.  On a mené beaucoup de projets. Quand je suis revenue (2011-2018), les choses avaient changé… Mais j’ai mis en place des bibliothèques au sein des écoles où j’intervenais. Le turn-over des professionnels, avec des séjours de deux ou quatre ans jusqu’à la départementalisation, a engendré une rupture de la continuité pédagogique, ce qui constitue un écueil majeur pour une meilleure réussite de l’école.

En termes de résultat, Mayotte est le dernier département au niveau des résultats scolaires. Ce n’est pas anodin. Au niveau de l’éducation, les enfants sont confiés au Fundi, le maître coranique qui dispense l’instruction religieuse. À l’école française, c’est l’enseignant qui prend le relais quelque part. Les enfants ont une grande indépendance.  Dès le plus jeune âge, ils sont déjà seuls dans la rue à aller chercher du bois, à partir à la rivière. Il y a des accidents comme cela. C‘était la manière de fonctionner de la population avant, et cela fonctionnait bien parce que c’était un petit cercle. Mais maintenant, avec le bouleversement culturel, il y a de la délinquance, des enfants qui sont livrés à eux-mêmes dans ce contexte-là et issus de l’immigration clandestine. Pour rappel, Mayotte fait partie de l’archipel des Comores. Historiquement la France a procédé à un référendum pour demander aux îles si elles voulaient rester françaises ou pas quand les indépendantistes ont commencé à propager leurs idées. La Grande Comore, Anjouan et Mohéli ont voté contre le fait de rester au sein de la France et Mayotte a voté pour. Normalement le résultat des votes devait être pris dans sa globalité et non île par île. Cependant la France a considéré que Mayotte ayant demandé à rester française, a pris Mayotte comme étant française.

Et cela crée encore, jusqu’aujourd’hui, des tensions entre les îles. Les gens des autres îles y viennent illégalement sur des barques de pêche, qu’on appelle des kwassa-kwassa, à fond plat, qui prennent très peu de personnes. Mais parfois ils mettent 40 personnes dans ces barques-là pour venir à Mayotte. Il y a 70 kilomètres qui séparent les deux îles donc pas beaucoup. Mais la mer, des fois, est mauvaise et il y a beaucoup d’accidents. Beaucoup de gens qui meurent dans la mer. Apparemment, les passeurs jetteraient des personnes dans l’eau quand ils voient le bateau des policiers qui font la surveillance. Il y a aussi des radars. Des fois, il y a des noyés qui échouent sur les plages. Donc c’est horrible. Et ceux qui arrivent sur terre, n’ayant pas de travail, n’ayant pas de papiers, qu’est-ce qu’ils font ? Ils volent. Il y a l’insécurité, c’est énorme. J’ai encore des amies là-bas, qui me disent que dès 17h, elles rentrent chez elles parce qu’elles ont toujours peur d’être attaquées. Et même chez toi aussi, ils viennent casser. Moi, ma maison a été cassée quand j’y étais au premier séjour. Ils sont rentrés chez moi, ils ont cassé la porte. Un voleur trouve toujours le moyen de rentrer quelque part et les maisons à Mayotte n’étaient pas conçues suffisamment sécurisées. Donc, l’insécurité, c’est le gros problème, en y ajoutant l’hôpital. Mayotte est la plus grosse maternité de France avec plus de 8000 naissances par an. Les femmes des autres îles viennent accoucher à Mayotte en espérant obtenir la nationalité française pour leurs enfants. C’est le même problème qu’au niveau de l’éducation nationale, les professionnels arrivent et repartent. Il y a un manque de médecins, il y a encore beaucoup de manques. Ce qui est un frein à l’évolution de Mayotte. Cela évolue néanmoins… avec en point de mire ce problème d’immigration qui est très fort et d’insécurité.

Je garde de bons souvenirs de Mayotte qui est une île magnifique avec un des plus beaux lagons du monde où la faune marine est exceptionnelle. Les îlots incitent à l’évasion, les plages sont belles. La population est accueillante. Les us et coutumes sont très riches : la célébration des mariages, le masque de beauté que portent les femmes, les mets culinaires, les woulé (pique-nique)… m’ont dotée d’une véritable transculturalité. J’espère que les moyens déployés pour l’évolution de Mayotte et la sécurité des habitants continueront à répondre efficacement aux attentes de la population.

La Réunion, c’est un coup de cœur énorme, c’est beau, les gens sont gentils. Je suis arrivée sur la direction d’une école, les parents ont adhéré, ainsi que les collègues. On rencontre toujours des gens qui sont contre mais cela c’est le fonctionnement de partout. Il faut établir une relation de confiance par la communication. Globalement, cela fonctionnait avec mes élèves. Pour les fruits, on trouve des letchis à 50 centimes le kilo quand c’est la période, quand il y en a beaucoup. Il existe une superbe route de Saint-Pierre à Saint-Denis, avec des quatre voies. La mer est très démontée à la Réunion mais à Saint-Pierre où j’habitais, il y a un beau lagon dans la ville. Le matin je partais courir jusqu’à la mer, me baigner, faire du yoga sur la plage puis repartir travailler. Si je n’étais pas guadeloupéenne, j’y serais restée. J’ai hésité à aller m’installer à la Réunion à ma retraite. Je voudrais vraiment y retourner !

Quand je vous ai demandé de vous présenter, vous avez dit que vous êtes moitié guadeloupéenne, moitié sainte-lucienne, donc je suppose que vous parlez bien anglais ?

Pas tant que cela. Je comprends bien, j’étais bonne élève en anglais parce que je demandais à ma mère de m’aider des fois. Mais j’ai un problème par rapport aux accents. Je comprends parfaitement les gens des îles de la Caraïbe, pas les Américains, Je comprends un peu les Anglais. Je ne peux pas dire que je parle parfaitement la langue mais j’arrive à comprendre en fonction de l’accent. C’est l’accent qui me pose des problèmes des fois.

Etant donné que votre maman était sainte-lucienne, avez-vous voyagé à Sainte-Lucie ou ailleurs dans la Caraïbe anglophone ?

Le rêve de ma mère était de nous emmener tous sur ses lieux d’origine. On n’a jamais pu le faire avec elle. En 2019, le dernier oncle maternel qu’on avait encore à Sainte-Lucie, est mort. Ma sœur et moi, nous nous sommes rendues aux funérailles. Je suis allée à Soufrière où ma mère était née, où elle avait vécu. C’était très fort. Nous n’y avons séjourné que deux jours.

Sinon, j’ai fait deux croisières dans la Caraïbe. Je suis allée à Porto Rico, Barbade, Tobago, l’île de la Grenade, mais toujours pour une journée comme cela se fait en croisière. Quand j’étais à Mayotte, j’ai séjourné plus longuement à Madagascar, à l’île Maurice et à Rodrigue.

Pourquoi ce titre la Pensée transpercée ?

La pensée, c’est une abstraction. Elle est de l’ordre de l’intime, du personnel, du secret. Tant qu’elle n’est pas formalisée, elle reste en nous. Et je me suis toujours dit que si on arrivait à percer la pensée, transpercer la pensée de celui qui est en face de nous, des autres, ce serait terrible, ce serait source de conflits et même le chaos, la fin du monde. Donc pour aller plus loin dans cette dimension de transpercer la pensée, c’est la dimension de la communication, la relation aux autres, qui sont véhiculées. Dans le livre, cette communication par la pensée va peut-être aidée à régler les conflits qui existent. Il faut peut-être aller le lire… Mais dans la vraie vie, moi ce que je sous-tendrais néanmoins, c’est que dans tout : le travail, la famille, le couple, les amis, il faut une relation de communication. J’estime que c’est par l’échange qu’on peut arriver à évoluer, à faire évoluer positivement quelque chose, toujours dans une dimension positive, avec de l’empathie, savoir entendre quand les gens sont en souffrance, savoir entendre leur souffrance. L’empathie, n’est pas ressentir la souffrance de l’autre, ce n’est pas vrai. Si tu te cognes le pied, tu as mal. Je vois que tu as mal mais je ne ressens pas ce mal, je compatis et je te donne des solutions pour aller mieux : mettre le pied dans de l’eau fraiche avec un glaçon dessus, etc. et c’est pareil pour les douleurs intérieures, pour l’accompagnement.

Quand quelqu’un est dans la souffrance, ce dont il a besoin c’est l’écoute, savoir l’écouter, poser un regard bienveillant, attentif et ensuite, l’emmener de manière souple à évoluer vers un autre point de vue. Quelqu’un qui est colérique par exemple, on ne va pas le changer mais toujours lui dire : « Quand tu sens que la colère monte, essaie de respirer, ne parle plus, pars, si tu restes face à la personne, cela va dégénérer ». Donc voilà, il faut avoir des stratégies pour pouvoir s’améliorer. Avoir un comportement assertif, c’est-à-dire avoir confiance en soi pour pouvoir faire rejaillir cette confiance en soi dans une dimension positive, face à l’autre, savoir qu’on ne pourra jamais changer les gens, mais qu’on peut contribuer à ce qu’ils évoluent favorablement en changeant de point de vue, en ayant quand même un comportement adéquat face à une situation conflictuelle. Donc c’est vraiment cette dimension de communication, qui est sous-tendue dans cette Pensée transpercée.

Un mot pour vos lecteurs qui ont déjà acheté en pré-commande et vos futurs lecteurs que vous aurez l’occasion de rencontrer face-à-face, je l’espère.

Je l’espère aussi ! Aujourd’hui, les enfants ont du mal à lire. C’est dommage. Pour moi, lire et écrire sont indissociables. Daniel Picouly que j’ai vu dans une interview disait que tout le monde, chacun devrait écrire ! À mes lecteurs, je dirai « Chers lecteurs, en attendant de franchir le pas de l’écriture, embarquez à bord de mon vaisseau spatial, le temps d’un voyage intersidéral ».  

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Salaura DIDON

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