« Mé 67, Récits d’un massacre » un film de Combat Ouvrier réalisé par Frédérique Menant

MAI est un mois d’histoire, un mois de lutte, un mois de commémoration relative à la mémoire des ancêtres. K@ribbean Newsweek vous propose de regarder « Mè 67, Récits d’un massacre« , un film de l’organisation antillaise Combat Ouvrier réalisé par Frédérique Menant. Ce film se base sur les témoignages de blessés et de témoins directs, et montre des images d’archives.

Le film est diffusé online

Ce film de 1h11 est disponible sur Youtube depuis le 2 avril 2020. Réalisé avec la collaboration de Max Céleste, Lita Dahomay et René Cuillierier, militants de Combat Ouvrier, ce film a recueilli le récit de l’ex madame Jacques Nestor, défunte Jacqueline Bastide, dont le mari fut assassiné par les forces de l’ordre coloniales, de Raymond Nazaire, d’Émile Ernatus (blessé), de Solange Yvon Coudrieu (grièvement blessé), d’Emmanuel Servais Angèle, de Jacques Narvis, de Lita Dahomay, de Rita Dahomay, de Guy Jean-Baptiste (ex emprisonné).

Les émeutes du 26 au 28 mai 1967

En 1967, des émeutes d’origine raciale se produisent à Basse-Terre (20-22 mars) et à Pointe-à-Pitre (26-27 mai). Lucien René-Abenon et Oruno D. Lara rapportent ces événements qui ont marqué les consciences guadeloupéennes et qui ont fait des victimes innocentes. A Basse-Terre, les mouvements sont déclenchés à la suite d’un incident « mineur »: un marchand de chaussures Snrsky, un français d’origine polonaise lâche son chien sur un cordonnier guadeloupéen infirme qui possède sa petite devanture de réparation de chaussures devant la porte de son magasin « Sans Pareil ». La foule se soulève et saccage son magasin, incendie sa voiture et celle de son épouse avant de les jeter à la mer, puis pille leur villa. Snrsky et sa famille sont contraints de fuir. Malgré un appel au calme radiophonique du préfet de la Guadeloupe déclarant comprendre cette colère et promettant la punition du coupable, d’autres magasins continuent à être saccagés. Des affrontements entre manifestants et forces de l’ordre font plusieurs victimes et les émeutiers sont condamnés à de lourdes peines de prison.

Deux mois plus tard, une grève des ouvriers du bâtiment est organisée pour une revalorisation de salaires de 2%. Les CRS ont ordre de tirer sur la foule de manifestants dans les rues de Pointe-à-Pitre, près de la Darse, devant la Chambre de Commerce où se déroulent les négociations avec le patronat. Jacques Nestor, un responsable syndical, est le premier visé et abattu. Le lendemain, des lycéens manifestent pour exprimer leur solidarité avec les ouvriers. De nouveau ce jour-là, les forces de l’ordre font usage de leurs armes. Des automobilistes sont molestés, des voitures incendiées et des magasins pillés. Selon l’ancien bâtonnier Felix Rodes, 49 corps sont recensés après les massacres. Mais l’enquête n’a pas abouti parce que plusieurs journalistes sont arrêtés par ordre du juge d’instruction Vigouroux, de la cour de Surêté de l’Etat, arrivé en Guadeloupe.

Le jeudi 14 mars 1985, le journaliste Jean-Claude Lefort reprend une déclaration du secrétaire d’Etat chargé des DOM-TOM George Lemoine qui annonce que la répression de 1967 a fait officiellement un minimum de 87 morts et de nombreux blessés. Les historiens Jean-Pierre Sainton et Raymond Gama présentent Mai 1967 comme « la révolte de la classe ouvrière contre une misère et une exploitation devenues insupportables. C’est la rébellion contre les attributs et les symboles du pouvoir blanc » (SAINTON Jean-Pierre, GAMA Raymond. Mè 67….Mémoire d’un événement. Lespwisavann, 2011, p. 238).

Pourtant, le gouvernement français désigne comme responsable le GONG, les membres de l’AGEG et les collaborateurs du journal Le Progrès social. Du 19 février au 1er mars 1968 se tient le procès des Guadeloupéens devant la Cour de Sûreté de l’État dans l’hexagone. Dix-huit patriotes guadeloupéens sont « accusés d’avoir porté atteinte à l’intégrité du territoire nationale français » pour séparer la Guadeloupe de la France. Ils sont détenus à la Santé et à Fresnes. Oruno D. Lara rapporte également les propos d’un des membres qui déclare en avril 1968 dans un autre procès à Pointe-à-Pitre: « Il ne peut y avoir de France d’outre-mer. La France est dans l’hexagone….Le peuple guadeloupéen n’est pas un peuple de mendiants. Il veut rédiger lui-même ses propres affaires…. On nous a acquis jadis avec des fusils » (LARA Oruno. D. De l’oubli à l’histoire: espace et identité Caraïbes Guadeloupe, Guyane, Haïti, Martiniques. Maisonneuve et Larose, 1998, p. 231)

Frédérique Menant, auteur-réalisatrice

Frédérique Menant a fait des études d’anthropologie au sein du groupe de recherche Matières-à-penser, avant de s’orienter vers le cinéma documentaire et de se former à la réalisation à l’université de Poitiers, puis en résidence à Lussas. Elle a collaboré à de nombreux documentaires de télévision et elle a réalisé son premier film en 2009, Kreol, avec le musicien et poète Cap Verdien Mario Lucio Sousa. Son site Internet est ici: https://fredemenant.wordpress.com/

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Salaura DIDON

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