[Cinéma] Une web-conférence réalisée en hommage à Osange Silou Kieffer: « Le cinéma des Antilles et de la Guyane dans la diaspora »

Cette web-conférence d’une 1h20 s’est tenue ce vendredi 8 janvier 2021 avec la participation des réalisateur-rice-s Apolline Traoré (Burkina Faso), Jeanne Romana (Guadeloupe), Mouna N’Diaye (Burkina Faso), Jean-Claude Barny (Guadeloupe). La journaliste Kareen Guiock était la modératrice de ce premier débat en amont du FEMI 2021, qui se tiendra du samedi 23 au samedi 30 janvier 2021. Le réalisateur Wally Fall (Guadeloupe) et la chanteuse et actrice Jocelyne Béroard (Martinique) étaient absents. Le public a pu poser aussi ses questions aux réalisateurs.

Céline Major, déléguée générale du FEMI 2021, a expliqué que Osange Silou Kieffer, journaliste et productrice,

« a énormément apporté et crée des ponts avec notamment le Festival FESPACO au Burkina Faso pour faire émerger le cinéma antillais et le rendre un peu plus visible à l’international ».

Chaque réalisateur-rice a mené une réflexion sur le développement et l’avenir du cinéma aux Antilles-Guyane et en Afrique, surtout pendant cette situation sanitaire actuelle liée au Covid-19. Ils étaient en direct sur le Facebook du FEMI.

Dans le débat, Apolline Traoré, réalisatrice du long-métrage Desrances (2019) en sélection officielle au Festival cette année, est une amoureuse du grand écran. Elle ne pourra pas être en Guadeloupe pour présenter son film en live. Elle a abordé la problématique des plateformes de films sur Internet. Elle a expliqué que le Covid amène à réfléchir à

« comment continuer à exister si ces salles-là n’existaient plus ou comment intéresser le public à notre cinéma d’une autre manière. […] C’est une opportunité de réfléchir autrement, de réfléchir à comment distribuer nos films ».

Le cinéma africain rencontre des difficultés de distribution afin que les films africains soient vus. Elle se demande que deviendront les réalisateurs une fois leurs films disponibles sur des plateformes en ligne, et qu’au final le film sera connu et non le réalisateur. Même si ces plateformes numériques restent indispensables, cela lui fait peur. En fait, elle trouve que c’est important pour un réalisateur de rencontrer le public, d’avoir sa réaction, comment il a reçu son film. Elle veut continuer à faire du cinéma d’auteur et faire un choix. Elle dit que le cinéma africain est fortement demandé par son public. Le ticket d’entrée est faible, soit un euro. C’est pourquoi, elle a proposé de réfléchir au système économique en Afrique qui permet de rentabiliser le travail réalisé, et ne pas attendre que les films africains soient distribués en Europe pour faire des entrées. Elle a manifesté le rêve d’avoir un circuit de production et de distribution dans sa région, de se mettre ensemble, de produire et financer les films africains et caribéens. Enfin, il est vrai que les têtes d’affiche représentent un coût mais elles peuvent aider pour la distribution d’un film.

Faire le pont entre les Antilles et l’Afrique? Jeanne Romana pense que

« le premier problème, c’est nous ».

Elle a réfléchi à une solution: celle de créer quelque chose qui nous appartient, pour que chacun garde sa spécificité.

« C’est important qu’on cherche qui on est et qu’on travaille ensemble ».

S’agissant du cinéma caribéen, elle a proposé de

« créer notre cinéma même si chacun fait son film, de créer notre mouvement à nous […], de créer une identité bien à nous, entre Guadeloupéens, entre Guyanais et entre Martiniquais, que notre cinéma ait une empreinte »

Ensuite, il s’agirait de créer des liens entre Caribéens et de collaborer en tant que Caribéens avec les collègues africains. Elle a parlé aussi de sa fiction, pas encore terminée, sur ses origines congolaises. Enfin, en termes de diffusion, elle pense qu’il faut favoriser tous les supports: les ciné-clubs, le numérique, les associations, les grandes salles, etc.

Jean-Claude Barny pense que les plateformes sont des outils à ne pas négliger parce que c’est là où est notre public.

« Il faut être clairement présent sur les plateformes parce que le public afro-caribéen, africain ou afro-américain, peu importe, il se situe dans toutes les diasporas ».

Il est possible de faire des millions d’entrées à travers une plateforme. Il fait un cinéma d’auteur qui a l’ambition de plaire au plus grand nombre. Il faut défendre un cinéma qui parle d’une communauté et qui s’adresse au plus grand nombre. Il a proposé que tous les cinémas de la diaspora doivent avoir

« des budgets raisonnables ou respectueux pour travailler ».

Il est nécessaire d’avoir un pouvoir médiatique afro, pour que les œuvres caribéennes soient mieux connues. Il faut mettre en place des relais pour attirer les personnes sensibles au cinéma d’auteur. Il a expliqué aussi qu’on décide de réaliser un film par rapport à sa potentialité de recettes. Le problème est que les films d’auteur d’Afrique et des Antilles n’ont pas de public. Le talent existe dans le cinéma afro, mais ces réalisateurs ne sont pas intégrés au circuit économique parce qu’ils ne sont conviés par l’industrie. Donc, les réalisateurs fonctionnent avec des budgets ridicules pour faire aussi bien et être compétitif que les autres.

« Il faut essayer de plus en plus d’obtenir des chaînes, des distributeurs, de tout ce qui émane d’un modèle économique, le même argent que n’importe quel film ».

Par exemple, si on donne à un réalisateur afro le même argent qu’à un réalisateur de l’hexagone, le film pourra être au box office. Les films afro de comédie restent les seuls à être attractifs. D’ailleurs, il faut être prêt à conquérir un public large avec les films afro-caribéens. Il rappelle qu’il y a un circuit de distribution avec Cinéstar en Guadeloupe, mais il en faut plus et offrir un film afro chaque mois. Il est aussi nécessaire d’utiliser les plateformes en ligne parce que c’est là que la diaspora afro est mondiale. Un film afro peut être vu par n’importe quel noir sensible à une histoire où il y a des noirs. Enfin, il a rendu hommage à Djéjé Apali, un acteur guadeloupéen et ivoirien décédé.

Mouna N’Diaye, membre du Jury du Festival de Cannes 2019, est d’accord avec Apolline Traoré.

« Les plateformes c’est bien, mais nous, on aime bien être confronté avec le public. En tant que comédienne, on aime bien être là, que le public regarde le film et qu’il donne ses réactions à chaud et voir comment les gens réagissent dans la salle. C’est cela qui nous fait vibrer ».

Elle confirme qu’un film se regarde en salle et sur un grand écran. S’agissant de la vulgarisation des films, il faut avoir les supports indispensables pour être accompagnés, sinon les films resteront inter-communautaires. Elle a affirmé qu’il n’y a pas de distributeurs africains, ni même caribéens, c’est-à-dire pour les films afro. Le métier de distributeur est mal connu dans le milieu du cinéma.

« Nos films ne sont pas distribués parce qu’il n’y a pas de distributeurs ».

Ceux qui existent distribuent les films américains, chinois, etc. Elle suggère de mener une réflexion sur cette situation. Elle trouve que ce qui manque est l’accompagnement et les budgets mis en place pour ces films. D’ailleurs, elle veut continuer à mener la réflexion et le débat sur le fait que tourner un film en Afrique coûterait moins cher qu’en Occident. Par exemple, elle révèle les différences salariales entre un acteur africain qui joue en Afrique et un acteur français qui joue en Afrique dans ce même film.

« On ne peut pas accepter de tourner à tout prix ».

Elle parle de l’importance d’effectuer des co-productions. Aujourd’hui, il y a un manque de salles au Burkina Faso, un manque de public dans les salles. Le public est en demande. C’est pourquoi les plateformes se développent. Enfin, elle a parlé d’Osange Silou Kieffer qui était un pilier.

« Elle allait partout en Afrique où il y avait des festivals où elle pouvait être invitée, elle prenait la parole et elle défendait en disant qu’il fallait pousser les portes, pousser les murs et qu’il fallait prendre la place que notre cinéma doit prendre, tout simplement ».

Source: Facebook du FEMI- Festival Régional et International du Cinéma de Guadeloupe

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Salaura DIDON

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